UNE VIEILLE MAÎTRESSE réalisé par Catherine BREILLAT
Pays: FRANCE
Année: 2007
Catherine BREILLAT - Scénario & Dialogues
Yorgos ARVANITIS - Images, François-Renaud LABARTHE - Décors, Pascale CHAVANCE - Montage,
Yves OSMU, Sylvain LASSEUR et Emmanuel CROSET - Son
Interprètes
Asia ARGENTO - Vellini
Fu'ad AÏT AATTOU - Ryno de Marigny
Roxane MESQUIDA - Hermangarde
Claude SARRAUTE - La Marquise de Flers
Yolande MOREAU - La Comtesse d'Artelles
Michael LONSDALE - Le Vicomte de Prony
Synopsis
1835 à Paris…Le futur mariage dont tout le monde parle. Le jeune et libertin Ryno de Marigny doit épouser la très pure aristocrate Hermangarde. Pourtant amoureux, il ne parviendra pas à rompre avec la Vellini, pour qui il brûle d’une scandaleuse passion.



La noblesse de l'époque va se jouer "Les Liaisons Dangereuses" 50 ans après
Choderlos de Laclos, se croyant encore en plein siècle des lumières.
Et la Marquise de Flers, va marier sa petite fille, fleuron de l'aristocratie française,
avec Ryno de Marigny.
Pourtant ce Don Juan, impénitent, est depuis 10 ans l'amant et la proie d'une
scandaleuse courtisane, démon de la séduction, fille naturelle d'une duchesse et d'un torero.

C'est la guerre des sexes, des mœurs et du pouvoir:
la guerre entre le désir des hommes et le désir des femmes,
Catherine Breillat adaptant Une Vieille Maîtresse de Barbey d'Aurevilly
montre la brutalité et la sensualité immédiates de ses films passés en appuyant
sur la volonté de se vouloir, de se posséder et de se faire souffrir.
A cette époque la femme qu'est la Malagaise Vellini
de tout juste 30 ans, passe pour une vieille femme.

Asia Argento passe de la furie adolescente au désenchantement sans âge dans le même plan.
La Vellini, vivant de la générosité de ses amants, entretient une liaison destructrice
avec Ryno de Marigny (Fu'ad Aït Aattou), noble désargenté.
Ryno s'apprête à épouser Hermangarde (Roxane Mesquida), jeune fille innocente et
riche héritière chaperonnée par sa grand-mère, la marquise de Flers (Claude Sarraute).

Ryno rend compte à la marquise de sa liaison avec Vellini.
Et c'est là que se trouve le meilleur d'Une Vieille Maîtresse.
Catherine Breillat montre la fascination que lui inspire son interprète, Asia,
lui livrant en pâture le jeune Don Juan, Fu'ad Aït Aattou,
et l'acteur débutant joue un personnage qui se débat, en vain, pour échapper à sa maîtresse.

Une réalisatrice controversée, une actrice trash et un livre à l’odeur de souffre :
voilà les trois arguments de séduction de cette œuvre présentée à Cannes.
Lorsque Catherine Breillat, la reine du porno-intello,
annonce que la matière première de son nouveau film
sera un roman scandaleux du XIX° siècle, la nouvelle a de quoi faire saliver.
Une Vieille Maîtresse, texte génial de Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly,
dont le nom est aussi lourd que son œuvre est subtile, posséde toutes les qualités sulfureuses et empoisonnées que le talent d’une Catherine Breillat pouvait exploiter avec brio. Ajoutez à cela une interprète de haute volée en la personne de Asia Argento, dont l’aura brûlante s’accorde à merveille avec l’univers de la réalisatrice, et vous obtenez un projet terriblement aguicheur.
Si le résultat n’est pas totalement à la hauteur du chef-d’œuvre dans lequel il puise son inspiration,
il reste tout de même très convaincant. Le premier des mérites de la réalisatrice,
et non des moindres, est de ne jamais être écrasée par la reconstitution historique.

L’adaptation littéraire gagne en légèreté.
Le scénario de Catherine Breillat se détourne de l’interprétation ampoulée
d’un texte riche et dense en le traduisant par des scènes très graphiques
- jamais Catherine Breillat n’a fait un film aussi esthétiquement réussi -
Ainsi, le personnage de Ryno de Marigny est beaucoup moins torturé que dans le livre,
mais il n’en devient que plus trouble et sombrement séduisant.
Ce dernier est incarné par une révélation : le parfait inconnu Fu'ad Ait Aattou.

Il forme avec Asia Argento l’atout principal du film,
un couple infernal et sensuel engagé dans une lutte sauvage.
La caméra de Catherine Breillat filme avec une adoration proche de l’idolâtrie
leurs corps, leurs visages, leurs mouvements, et capte de manière quasi-charnelle
les résonances si particulières de leurs voix,
profonde et chaude pour l’un, rocailleuse, insolente et teintée d’accent étranger pour l’autre.
Fu'ad Ait Aattou a la beauté d’un diable et le talent d’un dieu,
Asia Argento est ténébreuse comme le mal et envoûtante comme un maléfice :
leur alchimie est au-delà de la perfection, elle est juste évidente.
D’autre part, Catherine Breillat a rendu à la perfection le personnage de la Vellini,
cette vieille maîtresse scandaleuse qu’incarne l’actrice italienne,
dont la réalisatrice n’a pas même cherché à dissimulé les nombreux tatouages.
Asia Argento flirte sans cesse avec la vulgarité mais la transforme en noblesse,
non pas aristocratique, mais sauvage.
Hélas, la vieille maîtresse qu’est la Vellini ne trouve que
peu de concurrence en la personne de la femme de Ryno.

Inexpressive, Roxane Mesquida désamorce complètement le duel
qui aurait dû déchirer le cœur de Fu'ad Ait Aattou,
partagé entre une passion honteuse avec une courtisane
et l’amour pur qu’il éprouve pour sa femme légitime.
La blondeur factice de la jeune actrice ne trompe personne,
et ses robes blanches et pastel dissimulent très mal un sex-appeal qui décrédibilise tout à fait la pureté
et l’innocence sensées caractériser la jeune fille, et la mettre en opposition complète avec la Vellini.
Au lieu de cela, la jeune femme se révèle être si transparente qu’elle ne parvient jamais à soutenir la comparaison avec sa puissante rivale.
Cela d’autant plus que Catherine Breillat, fascinée comme on l’a dit par son interprète,
a clairement pris parti dans sa mise en scène pour le personnage d’Asia Argento.


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