LES GLANEURS et LA GLANEUSE

Date de sortie : 2000   

Réalisé par Agnès Varda

Avec Agnès Varda

Film français. 

Genre : Documentaire

Durée : 1h 22min. 

Année de production : 1999

 

Synopsis


Un peu partout en France, Agnes a rencontre des glaneurs et glaneuses, recupereurs, ramasseurs et trouvailleurs. Par necessite, hasard ou choix, ils sont en contact avec les restes des autres. Leur univers est surprenant.

On est loin des glaneuses d'autrefois qui ramassaient les epis de ble apres la moisson. Patates, pommes et autres nourritures jetees, objets sans maitre et pendule sans aiguilles, c'est la glanure de notre temps. Mais Agnes est aussi la glaneuse du titre et son documentaire est subjectif.

Le documentaire d'Agnès Varda a été présenté à l'occasion du 53ème Festival de Cannes (2000), hors-compétition, dans le cadre de la sélection officielle.

 

Télérama - Marine Landrot : 

A première vue, l'affiche du dernier film d'Agnès Varda invite à la corvée de patates. Mais regardez bien la forme de ces pommes de terre mouchetées. Chacune a deux ventricules rondelets, comme un coeur humain. C'est tout Agnès Varda : ne jamais jouer la séduction facile. Et toujours débusquer la beauté rieuse sous la laideur bougonne. Après l'échec de son pâté d'alouette truffé de stars (Les 101 Nuits) et le succès de sa trilogie consacrée à son mari disparu, Jacques Demy ...

Ce mélange de lucidité mortuaire et de curiosité amusée rend chaque image bouleversante. Celle qu'on appelle souvent la "maman" des femmes cinéastes n'a rien perdu de sa malice d'enfant.

Les Inrockuptibles - Serge Kaganski : 

remarquable documentaire routard qui raconte la violence sociale de notre société du gaspillage, mais aussi le plaisir de la collecte

www.diplomatie.gouv.fr///promotion-du-cinema-francais d’Agnès Varda

Ce documentaire en forme de road movie, ce tour (et détour) de France, sous ses allures douces filme un monde dur, passe du temps avec des pauvres, des sans-toit, des laissés-pour-compte, ceux qui ont été abandonnés sur le bas-côté, les K.O., les morts, ceux qui ont leur compte. Qu’ils soient glaneurs ou glaneuses de patates, de raisins, d’huîtres, de télévisions ou de produits emballés, beaucoup, à les entendre et à les voir, semblent avoir été jetés à terre par un souffle de bombe, et depuis, rescapés, cherchent à survivre dans les décombres d’une civilisation.

S’il n’était que cela, Les Glaneurs et la Glaneuse n’aurait déjà pas l’allure d’un documentaire ordinaire. Mais le film cherche en plus un accord difficile, délicat, le point de contact entre sa forme et la singularité du propos. Ainsi, très souvent il semble loin de sa base, un peu hors sujet ; au fil d’une conversation, d’autres questions s’esquissent, d’autres réalités affleurent, des vies se dessinent ou bien, à l’occasion, on va au musée, à une expo, on filme des camions, des fleurs, des animaux.

Toujours la caméra joue le jeu et le montage, au risque de raccords de séquences parfois abrupts ou aléatoires, garde la trace de ces digressions, de ces hors-champ. C’est que Varda applique à son film son sujet même : elle glane des plans au hasard, comme ils tombent, au fil de la route, au petit bonheur d’une rencontre de passage. Sans se faire prier, avec plaisir même, elle bouscule sans arrêt le plan de tournage, ajoute et récupère.

Cela sonne rarement comme un procédé : moins le plan de tournage sera respecté à la lettre, plus réussi sera le film. Glaner, c’est filmer et ce geste, si Varda le comprend si bien, c’est qu’elle le reconnaît. Il est même une séquence drôle, presque suspecte tant elle est un discours de cette méthode : dans une brocante en bord de route, la voiture et le film s’arrêtent pour glaner quelques plans d’objets jusqu’à tomber sur un tableau représentant... des glaneuses. À la manière des chats, c’est la façon de Varda de faire tomber son film sur ses pattes. (...)

Bernard Benoliel   (Cahiers du cinéma n° 548, juillet-août 2000)